Le 16 septembre 2015 : comment j’ai vécu les premières heures du putsch du gal Diendiéré

Il y a seulement une année, le 16 septembre 2015, des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) prenaient le pouvoir des mains du gouvernement de transition au Burkina Faso.

Je me souviens le 16 septembre 2015. La journée avait pourtant bien commencé. Le matin, je suis allé à une rencontre où on a parlé de liberté de la presse. On a chanté les louanges des médias et du peuple burkinabè suite à l’insurrection qui a obligé le président Blaise Compaoré à quitter le pays. Les délégations étrangères ont magnifié le courage et l’abnégation du peuple burkinabè ; sa tolérance, son sens élevé du vivre ensemble, qui ont permis d’aplanir les divergences et d’éviter une guerre civile.  Les organisateurs et les représentants de la transition étaient aux anges ! Mais c’était sans compter sur les plans du RSP.

« Je te conseille de te mettre en sécurité »

Quelques heures plus tard, des rumeurs circulaient déjà sur un mouvement d’humeur des éléments du RSP. C’était un mercredi, jour de conseil des ministres. Petit à petit, l’affaire se précise. On parle de l’arrestation du président de la transition, Michel Kafando, de son premier ministre Yacouba Isaac Zida et deux autres ministres. C’était aux environs de 14h 30. J’étais à la rédaction. Je tente de joindre une source. Après plusieurs tentatives, je finis par l’avoir au téléphone. Il n’y avait pas encore le phénomène des écoutes téléphoniques, mais il fallait être prudent. Je lui demande tout simplement : « est-ce que ce que j’entends est vrai ? ». « Il y a quelque chose. Je te conseille de te mettre en sécurité ou de rentrer carrément chez toi », m’a-t-on répondu à l’autre bout du fil.

Après le coup d'Etat le général et ses soldats n'ont pas épargné les médias

Après le coup d’Etat le général et ses soldats n’ont se sont pris aux médias

En « bon journaliste », je tente de glaner des informations quand même avant de rentrer. Mais la circulation est loin d’être fluide. Je vois des militaires pressés de rejoindre leur camp. Je peux aisément reconnaître certains éléments du RSP à cause de leur tenue. Comme beaucoup de Burkinabè, je suis dans la confusion. Dans la rue, la résistance s’organise dans différents quartiers de la capitale. Des manifestants essaient d’aller à la présidence pour libérer les « otages » mais sans succès. Ils sont stoppés sur plusieurs axes de la capitale. La répression des éléments du RSP s’abat sur les médias le même soir. Je comprends que mon interlocuteur avait raison.

Mais je ne peux éviter de me demander : pourquoi un coup d’Etat à un mois des élections ? Je ressasse les derniers évènements qui justifieraient une telle mise en péril du pays.

 « S’il n’y a pas d’inclusion, il n’y a pas d’élections»

Il est vrai que, depuis plusieurs mois, le torchon brûle entre le premier ministre et de ses frères d’armes du RSP. Il est aussi vrai que l’ex-parti au pouvoir avait menacé la tenue des élections présidentielles sans leurs candidats :

« S’il n’y a pas d’inclusion, il n’y a pas d’élections. Ceux qui dans leurs rêves ont vu des élections dans l’exclusion, nous leur dirons le contraire ». « Qui va me refuser d’être candidat ? Qui ? », a demandé le président du CDP, Eddie Komboigo.

Je suis à la maison maintenant. J’essaie de trouver des informations sur les ondes des radios privées. Mais elles se ferment les unes après les autres sous la menace des putschistes. On se rabat alors sur les réseaux. C’est l’un des rares canaux qui étaient encore en service. C’est là qu’on informe et s’informe sur la situation. Ce n’est que le lendemain que le putsch sera confirmé. Le général Diendiéré prend la responsabilité d’un putsch jugé « le plus bête du monde », avec son Conseil national de la démocratie. Commence alors une lutte sans répit du peuple burkinabè et son armée contre les putschistes. Les jours qui suivent seront plus chauds dans tous sens du terme.

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