Visite d’un site d’orpaillage: « il y a l’or ici »

Article : Visite d’un site d’orpaillage: « il y a l’or ici »
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5 février 2015

Visite d’un site d’orpaillage: « il y a l’or ici »

Nous sommes à environ 3 km de la ville de Djibo, dans la région du Sahel au Burkina Faso. Cette région est réputée pour ses nombreux sites aurifères. On peut citer facilement Essakane, Enatan qui font l’objet d’une exploitation industrielle.  Mais là où je me rends, c’est plutôt une exploitation artisanale. L’homme essaie par tous les moyens d’extraire le métal jaune. Ici on ne pense pas aux risques. On reste positif, et espère qu’on sortira indemne un jour de son trou, d’une profondeur de plusieurs dizaines de mètre. Et surtout qu’on sortira avec de l’or pour enfin sortir de sa misère séculaire parce qu’on est certain « qu’il y a l’or ici ».

Les femmes aussi sont presents sur le site souvent avec leurs enfants
Les femmes aussi sont presentes sur le site souvent avec leurs enfants

L’entrée

Je suis à l’entrée du site. Ce lieu qui, quelques jours avant, ne recevait presque pas de visite grouille de monde. C’est tout un village qui s’est constitué au versant Est de la colline. La cause, c’est que « l’or y a fait son apparition ». Alors on afflue des quatre coins du pays pour « tenter sa chance », dit-on. Je me rends compte que l’entrée du site c’est plutôt le centre des « affaires ». C’est là que les marchants se sont installés. Celui que je vois le premier, un vendeur d’eau chaude. Oui en cette période où il fait encore froid au Sahel, c’est lui qui offre l’eau chaude à ceux qui sortent des trous. Ils leur donne l’eau mais aussi met à leur disposition des toilettes de fortune. Je continue ma visite et je croise une dame, Alima. A la question de savoir si elle gagne l’or, elle répond : je ne monte pas chercher l’or, je suis là pour vendre mon riz. Et ça marche un peu. Je comprends par-là que son commerce marche très bien. Les commerçants ne disent jamais que tout va bien surtout pas à des inconnus. Peut-être que la mairie entendra ? Son voisin est beaucoup plus coopérant. Salif, une vingtaine d’années, son travail est « simple » : « laver le sable et extraire l’or ». Mais il faut passer par plusieurs étapes.Il essaie de m’expliquer la procédure. Moi je trouve ça long. Étonné de mon ignorance quant à ce travail, Il décide de me faire démonstration. Il saisit alors un des tapis sur lesquels il lavait le sable et il verse la boue dans une eau. Puis dans une autre plus propre visiblement. Avec un plat, il réussit à séparer la boue. Et j’aperçois des débris de couleur jaune. Plus besoin de poser la question, c’est l’or. Mais que pour cette « poussière jaune te rapporte il t’en faut beaucoup » lui dis-je. On me fait signe que ce n’est que le premier tapis. Je comprends que « l’or est là ».

Photo/J.Lompo Les trous, très proches les uns des autres ne resistant pas aux éboulements
Photo/J.Lompo
Les trous, très proches les uns des autres ne resistent pas aux éboulements

Le centre du travail

Je décide alors d’aller à la source de ce métal jaune. C’est là que se fait le travail le plus difficile.  Il faut creuser plusieurs mètres, souvent les trous atteignent une dizaine de mètres. Là je trouve deux jeunes, parmi la masse. Après avoir travaillé pendant plusieurs heures, ils se sont donné une pause. Notre conversation est rythmée par des coups de pioches des trous voisins. A la question de savoir s’il y a l’or. Ils n’hésitent : « il y a l’or ici ». Mais il y a un problème. « Nous avons atteint une roche. C’est après cette roche que l’on trouve l’or. Mais la force humaine dépasse cette roche difficilement. Et le travail n’avance plus », M’ont –ils répondu, fatigués et couverts de poussière. J’ai compris qu’ils veulent utiliser les dynamites pour leur faciliter le travail. Les trous sont proches les uns des autres. L’utilisation de ces dynamites peut provoquer des éboulements et causer des morts. C’est le lieu le plus dangereux du site. On pourrait même tomber dans un trou si on n’y prend garde. Mais c’est là aussi que je vois des enfants aidant leur parents ou faisant du petit commerce ou encore mendiant. Mohamed, une dizaine d’années, vend de la cola. Il a quitté l’école et soutient que c’est mon père lui a obligé. Il faufile entre les trous et fait son commerce sur le site, comme les autres. Non loin de là, une fillette aide sa maman à concasser des morceaux de pierres à la recherche du même métal.

Pour l’instant les autorités n’ont pas permis aux orpailleurs d’utiliser les dynamites à cause de la dangerosité de ces explosifs. Mais ceux-ci vont-ils garder leur mal en patience et ne pas dynamiter la roche ? Rien n’est sûr. Chaque plusieurs personnes meurent dans des éboulements de trous à la recherche de l’or.  Et nombres d’élèves abandonnent les classes pour l’or. Ma visite s’arrête là.

Mais sur le chemin de retour on m’apprend aussi d’autres activités moins officielles se dérouleraient sur le site à la tombée de la nuit. Alors que j’étais en train de tracer ces lignes, on apprend qu’un autre filon a été trouvé. Et là, des explosions de dynamites ont été entendu. Ces sites d’exploitation artisanale sont souvent sources de beaucoup de dangers pour ceux qui y travaillent surtout les enfants. Exploitation, abus sexuels et consommation de drogue sont légion dans ces sites. Mais rien n’arrête un orpailleur pourvu qu’«il y ait de l’or ici».

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