Burkina Faso: Et si les militaires avaient volé la révolution du peuple?

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24 novembre 2014

Burkina Faso: Et si les militaires avaient volé la révolution du peuple?

Le 30 octobre 2014, le peuple burkinabè s’est levé comme un seul homme pour dire non à un pouvoir à vie du président Compaoré. Non à une patrimonialisation du pouvoir. Mais après différentes tractations, l’armée semble profiter le plus de cette révolution.

Les president de transition, Michel Kafando, en compagnie des représentants de l'armée
Le président de transition, Michel Kafando, en compagnie des représentants de l’armée

Dans les tractations qui ont suivi la démission du président Blaise Compaoré, c’est le lieutenant-colonel Isaac Zida qui a assuré la fonction de chef de l’Etat pendant deux semaines. Les différentes négociations ont permis par la suite la signature d’une charte qui prévoit que le président de la transition doit être un civil. Ce qui est fait. Le civil, c’est Michel Kafando qui a eu la confiance du conseil de désignation. Il faut noter que Michel Kafando est le candidat de l’armée. Il a été proposé par l’armée pour assurer les fonctions de président de transition d’une durée de 12 mois. Et le président de transition a nommé, sans surprise, l’ancien chef de l’Etat le lieutenant-colonel Zida, comme premier ministre.

Le tandem Zida-Kafando

Ce qui  me fait dire qu’en fait, c’est l’armée qui sort gagnante d’une révolution qu’elle n’a pas initiée. Certes la présence de cette armée est nécessaire pour le maintien de l’ordre pendant la transition et donne une force militaire à la transition. Mais elle inquiète beaucoup. Surtout que parmi les six présidents qui ont dirigé le pays depuis les indépendances, seul le premier, Maurice Yaméogo était un civil. Il a d’ailleurs été renversé par une révolution populaire en 1966. Et depuis, ce sont des militaires qui se succèdent au pouvoir.

Jusque-là, le lieutenant-colonel a rempli son rôle avec satisfaction et reconnaissance du peuple burkinabè. Il aurait pu se retirer tranquillement mais il a préféré poursuivre la gestion de la transition, comme premier ministre de celui que lui et ses frères d’arme ont proposé comme président. Est-ce une passation à la Poutine-Medvedev ? S’interrogent certains citoyens burkinabè et observateurs de la révolution populaire d’octobre dernier. Et si le vrai président, c’était toujours le Lieutenant-colonel Isaac Zida ? Dans tous les cas l’un et l’autre ont annoncé des mesures populistes. Le président s’est engagé lutter contre les maux tels que la corruption, la gabegie, le népotisme qui minent le pays. Il promet régler les comptes à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent piller l’Etat sans crainte. Zida de son côté avait déjà mis fin aux fonctions de directeurs en mettant l’un aux arrêts.

Un gouvernement à forte présence militaire

Dans le nouveau gouvernement aussi les bérets rouges sont légion. Le premier ministre Yacouba Isaac Zida s’est emparé du ministère de la sécurité alors que son « bras droit » depuis les évènements du 30 octobre 2014, Auguste Dénise Barry, dirige le ministère de la sécurité et de l’administration territoriale. Il avait déjà occupé ce poste avant la crise mutinerie de 2011. C’est un autre bidasse qui est au ministère des mines et carrières, un secteur florissant au Burkina Faso depuis plusieurs années. Et c’est le colonel Boubacar Ba qui a la charge de ce ministère. Le ministère des sports de ce gouvernement ne rompt pas avec la tradition de Blaise Compaoré. Il est confié à un militaire à savoir le colonel David Kabré qui remplace le colonel Yacouba Ouédraogo à la gestion des sports au Burkina Faso.

Il me parait donc évident que l’armée sortira encore gagnante surtout si la transition se passe comme prévue par la charte.  Le tandem Kafando – Zida peut donc renter dans l’histoire de cette révolution. Et le colonel pourrait revenir comme candidat un jour. Candidat à la ATT, au Mali.

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