Echange de « grin » : La corruption, une gangrène qui freine le développement du Burkina

Article : Echange de « grin » : La corruption, une gangrène qui freine le développement du Burkina
21 octobre 2013

Echange de « grin » : La corruption, une gangrène qui freine le développement du Burkina


Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a publié son rapport 2012 en septembre 2013. La douane, la police municipale et la justice forme le trio de tête. Au grin, on essaie aussi de donner notre appréciation sur l’état de cette corruption au Burkina Faso.

 

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« Vrai vrai là, la corruption existe au Burkina. Souvent vous partez dans un service public, il faut glisser quelque chose pour que votre dossier passe ou pour avoir un quelconque service ». C’est dans ce français approximatif que Yentegma, dans l’un des « grins » du quartier, dépeint ce mal qui mine le Burkina Faso qui signifie pourtant  « Le Pays des hommes intègres ». C’est le nom qui lui a été donné par le président Thomas Sankara. De nos jours, cette intégrité semble avoir quitté le pays avec son géniteur. Du moins pour beaucoup de gens. Il n’y a plus rien de gratuit pour certains agents de la fonction publique et même privée. Pour avoir rendu un service pour lequel ils sont payés chaque fin du mois, certains agents sans scrupule exigent au citoyen une rémunération. Comme on le dit ici à Ouaga : « il faut poser un caillou sur votre dossier, sinon il va s’envoler ».  Donc tant que vous n’allez pas graisser la patte des agents, ils peuvent vous faire marcher pendant des mois voir des années pour une simple signature ou refuser de transmettre le dossier à qui de droit. Tenez, l’année passée, un enseignant confia que certains de ses collègues concéderaient une certaine somme à ceux chargés du traitement de leurs avances. Et comme moi je suis le modérateur attitré du grin, je pose la question : quel peut être l’impact de cette corruption sur le pays ?

« Elle engendre une perte importante de recettes du budget de l’Etat. Il y a également des conséquences collatérales. Ceux qui vivent au quotidien avec les agents corrompus sont frustrés et cela leur empêche de faire leur travail. Ils voient qu’ils ont le même poste alors que les autres sont plus « rémunérés ». Cette fois-ci, c’est André qui répond. Mais au-delà, cela c’est le développement du pays qui est mis à mal. Un parent du village, venu se soigner en ville raconta sa mésaventure. Alors qu’il feignait ne pas comprendre les demandes des infirmiers, l’un des agents de santé d’un centre hospitalier public lui tint ce langage : « ici nous sommes comme dans un champ, si tu n’obéis à personne, personne ne va te soigner ici. Ainsi avoir l’argent ne suffit plus pour qu’on vous soigne dans les hôpitaux publics, il faut aussi avoir de quoi « motiver » le personnel soignant. On ne peut compter le nombre de bâtiments publics (écoles, dispensaires, etc.) repris seulement peu de temps après leur construction, des routes mal bitumées et qu’on reprend depuis des années. Tout cela parce que des gens chargés de contrôler les travaux ont fermé les yeux sur les manquements au cours des travaux pour avoir prix des pots-de-vin. Souvent les entrepreneurs dépensent tellement l’argent pour obtenir le marché qu’à la fin, ils n’ont plus assez de moyens financiers pour faire le travail.

Comment lutter contre le fléau ? Interroge-je, Amadou qui a fini de nous servir le thé, répond alors que les autres sirotent leur thé.

« Pour lutter contre la corruption, chacun doit éviter d’être corrompu ou de corrompre. Si tout le monde s’engage, on pourra mettre fin à cette pratique ». Et cela me semble vrai. Il y a des corrompus parce qu’il y a des corrupteurs. Tout le monde crie à la corruption mais n’hésite pas à glisser quelques billets soit pour un service rapidement ou un service auquel il n’avait pas droit. C’est pourquoi, chacun à son niveau doit éviter de corrompre ou d’être corrompu c’est ainsi qu’on venir à bout de ce mal ou le réduire au maximum.

« Ceux qui doivent combattre la corruption, ceux là même qui l’encouragent. Si vous êtes en infraction et que vous négocier pour passer, c’est là le problème. Au lieu d’aller prendre une verbalisation et d’aller payer les quittances pour les caisses de l’Etat gagnent de l’argent, ils préfèrent lui un peu pour que le policier empoche et vous laisse partir », confie André. D’autres pense qu’il faut aller par la manière forte. Le temps de la sensibilisation est passé, il faut réprimer.

« Je pense qu’il faudrait que l’on commence à emprisonner les corrompus et corrupteurs. La seule chose qui vaille, c’est de sanctionner ceux qui sont impliqués dans des affaires de corruption », déclare-t-il.

Dans notre grin, nous n’avons pas de solution claire, mais il est évident que les autorités doivent prendre des mesures adéquates pour lutter contre fléau.

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Commentaires

Boukari Ouédraogo
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Effectivement, comme cela est dit dans ton billet, tout le monde est responsable parce que nous parlons de corruption mais nous n'hésitons pas à glisser quelques billets pour échapper à la police. Ce qui est mauvais. En fait, concernant les policiers, rarement ils vous disent ouvertement de donner de l'argent à Ouagadougou. Je pense que s'ils acceptent prendre 500 francs ou 1000 francs, c'est parce que les contraventions sont chères (même si cela vaut le coup de le rendre ainsi). S'il coûtait 1000 francs ou 500 alors les policiers ne seront plus corrompus parce qu'ils encaisseront l'argent sur place. Souvent quand il y a corruption, c'est parce qu'on a pas assez d'argent pour payer.

Judicael
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Merci pour le commentaire. Ce que tu dis est aussi une autre réalité. Souvent même si tu as l'argent pour payer, il faut s'aligner pendant des heures. Je prends le cas de la dernière sortie des policiers municipaux et des douaniers. Les gens étaient obligés de s'aligner de 7h à 14h avant de pouvoir rentrer en possession de leurs engins après payement de la contavention 6000 FCFA ou 150 000 FCFA.