Judicael

53e anniversaire des forces armées du Burkina, la grande muette veut redorer son blason

En marge de leur 53e anniversaire, les forces armées nationales s’ouvrent au public. Celle qu’on appelle la grande muette a décidé de parler aux civiles, cette fois-ci sans armes, afin de leur expliquer ses actions et ses missions.

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Les Sapeurs pompiers ont fait des démonstrations sur la réanimation

S’il y a une institution qui est sortie discréditée de la crise qui a secoué le Burkina Faso en 2011, c’est bien l’armée. La population burkinabè avait eu une peur bleue pour cette institution chargée pourtant de la protéger. Aujourd’hui, l’armée essaie de rassurer la population burkinabè. Elle a organisé même une journée porte-ouverte dans le cadre des activités commémoratives de son 53e anniversaire.

Au-delà de l’exposition des armes, les forces armées nationales veulent retrouver leur considération d’antan auprès de sa population. Toutes les composantes des armées nationales sont présentes (gendarmerie, armée de l’air, armée de terre, sapeurs pompier, etc.). Sur la Place de la nation, ils expliquent aux citoyens leurs actions et services. C’est le cas des travaux de construction d’infrastructures, routes, forages, etc. Des consultations et des soins ophtalmologiques et la médecine dentaire sont offerts par les soldats. Sur place, les citoyens sont consultés et peuvent recevoir des soins. Il y a également les sapeurs pompiers qui font des démonstrations de premiers soins à apporter aux victimes d’accidents, comme la réanimation. Les visiteurs sont autorisés à poser toutes sortes de questions pour comprendre le fonctionnement de la grande muette. Et j’ai vu une  pancarte sur laquelle il est écrit que l’armée « est le premier partenaire pour l’emploi des jeunes ».

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Le public burkinabè notamment les élèves se sont rendus sur les lieux d’exposition

Alors que je faisais le tour de cette exposition, j’ai également remarqué d’une unité de gendarme qui fait de la sensibilisation sur les méfaits des produits prohibés comme la drogue. Entouré par plusieurs visiteurs, le gendarme explique les astuces que certains fraudeurs utilisent pour vendre ces produits et les conséquences de leur utilisation. Je poursuis ma visite et je me retrouve nez-à-nez avec un engin « bizarre », un lanceur 9C846. Vous ne savez pas ce que c’est ? Moi non plus, afin jusqu’à ce moment. Le bidasse m’explique qu’il est chargé de transporter et de lancer des missiles 9 M 342 sur des objectifs aériens, avec une portée de 500 m à 6 000 m. il détecte sa cible grâce à la chaleur que celle-ci génère. Malgré sa bonne volonté, je n’ai pas saisi le reste de l’explication.

La population a, en tous cas, saisit la main tendue. Ils sont nombreux à s’être rendus à la place de la nation pour comprendre comment on entre dans l’armée, comment on y travaille et comment on sort de ce corps. Élèves, parents d’élèves, étudiants, bref toutes les couches sociales. A travers ce 53e anniversaire, l’armée entend communier avec sa population et renouer la relation de confiance avec celle qu’elle doit charger. Toute chose qui va contribuer à la construction d’une nation forte.

 


Eclipse solaire, un évènement magnifique mais dangereux pour les yeux

S’il y a un sujet qui défraie la chronique au Burkina Faso, c’est bien l’éclipse solaire. On en parle à tout bout de chemin. Son caractère rare mais dangereux sont évoqués. C’est une chance pour le pays de voir cet évènement, mais la précaution doit être de rigueur.

Le Burkina Faso vera son éclipse le 3 novembre
Le Burkina Faso vera son éclipse le 3 novembre

Une éclipse solaire aura lieu le dimanche 03 novembre sur l’ensemble du territoire burkinabè. C’est ce que j’ai appris depuis le Conseils des ministres du 02 octobre 2013. Sur ma ville, Ouagadougou, elle se produira, à partir de 11 heures 06 minutes et 43 secondes. L’heure de début de cette éclipse, selon encore les spécialistes, est 11 h 27 mn 28s et finit à 14h 39 mn 27s avec une obscuration du soleil de 60%.  D’autres localités du Burkina Faso sont également concernées par ce phénomène astronomique rare et majeur qui sera observé dans le reste de l’Afrique.

Ce phénomène astronomique, en dépit de sa splendeur, ne doit pas être observé au hasard, sans protection. Une observation prolongée de l’éclipse pourrait provoquer des brûlures irréversibles de la rétine. Selon le site https://lepithec.chez.com/eclipse/danger.htm, la lumière traverse le cristallin et se focalise sur la macula, la partie centrale de la rétine, responsable à 80 % de l’acuité visuelle. Il suffit de quelques secondes d’exposition pour que cette zone sensible soit brûlée de façon irrémédiable. La personne qui regarde l’éclipse sans protection pourrait perdre 80 % de sa vue, mais en plus, la lésion qui en résulte se traduit par petit disque, une tache noire, image négative du Soleil, brûlure imprimée à vie sur la rétine. Ce danger est d’autant plus insidieux que la brûlure causée par l’observation est tout à fait indolore.

Pour admirer l’éclipse solaire sans crainte, il faut porter des lunettes solaires. Certains racontent qu’un million de lunettes « spéciales éclipse »ont été importées au Pays des hommes intègres pour une population de 16 millions d’habitants. Les lunettes se vendent dans les pharmacies au prix de 1000 F CFC. Sauf, ceux qui auront ces lunettes le 3 novembre 2013 peuvent observer l’éclipse en toute tranquillité. Sans ces fameuses lunettes, on nous dit de nous abstenir de regarder le soleil. Il faut donc informer les millions de Burkinabè qui sont dans les zones reculées qui reçoivent le signal de la radio et télévision de Ouagadougou. Dans certaines localités on pense encore que quand il y a éclipse, c’est « le chat qui a attrapé le soleil ». Et pour le libérer, il faut faire du bruit en battant tout ce que l’on trouve, les boîtes, bidons vides, tonneaux, etc. C’est ce que des millions de burkinabè feront encore, en regardant le soleil, s’ils ne sont pas informés. Informés ces gens devient alors urgent pour que nos campagnes et même certaines villes ne soient remplis d’aveugles après l’éclipse solaire.

Pour éviter tout cela, mon ami a trouvé une solution simple. « Le dimanche 3 novembre 2013, je resterai en famille avec ma femme et ses enfants, dans ma maison. Personne ne sort. Il y aura à manger, dans la maison et même des pots pour ceux qui voudraient se soulager. Je prépare mon thé, et c’est tout», m’a- t-il déclaré. C’est une solution radicale mais fiable pour éviter tout désagrément.


Echange de « grin » : La corruption, une gangrène qui freine le développement du Burkina


Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a publié son rapport 2012 en septembre 2013. La douane, la police municipale et la justice forme le trio de tête. Au grin, on essaie aussi de donner notre appréciation sur l’état de cette corruption au Burkina Faso.

 

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« Vrai vrai là, la corruption existe au Burkina. Souvent vous partez dans un service public, il faut glisser quelque chose pour que votre dossier passe ou pour avoir un quelconque service ». C’est dans ce français approximatif que Yentegma, dans l’un des « grins » du quartier, dépeint ce mal qui mine le Burkina Faso qui signifie pourtant  « Le Pays des hommes intègres ». C’est le nom qui lui a été donné par le président Thomas Sankara. De nos jours, cette intégrité semble avoir quitté le pays avec son géniteur. Du moins pour beaucoup de gens. Il n’y a plus rien de gratuit pour certains agents de la fonction publique et même privée. Pour avoir rendu un service pour lequel ils sont payés chaque fin du mois, certains agents sans scrupule exigent au citoyen une rémunération. Comme on le dit ici à Ouaga : « il faut poser un caillou sur votre dossier, sinon il va s’envoler ».  Donc tant que vous n’allez pas graisser la patte des agents, ils peuvent vous faire marcher pendant des mois voir des années pour une simple signature ou refuser de transmettre le dossier à qui de droit. Tenez, l’année passée, un enseignant confia que certains de ses collègues concéderaient une certaine somme à ceux chargés du traitement de leurs avances. Et comme moi je suis le modérateur attitré du grin, je pose la question : quel peut être l’impact de cette corruption sur le pays ?

« Elle engendre une perte importante de recettes du budget de l’Etat. Il y a également des conséquences collatérales. Ceux qui vivent au quotidien avec les agents corrompus sont frustrés et cela leur empêche de faire leur travail. Ils voient qu’ils ont le même poste alors que les autres sont plus « rémunérés ». Cette fois-ci, c’est André qui répond. Mais au-delà, cela c’est le développement du pays qui est mis à mal. Un parent du village, venu se soigner en ville raconta sa mésaventure. Alors qu’il feignait ne pas comprendre les demandes des infirmiers, l’un des agents de santé d’un centre hospitalier public lui tint ce langage : « ici nous sommes comme dans un champ, si tu n’obéis à personne, personne ne va te soigner ici. Ainsi avoir l’argent ne suffit plus pour qu’on vous soigne dans les hôpitaux publics, il faut aussi avoir de quoi « motiver » le personnel soignant. On ne peut compter le nombre de bâtiments publics (écoles, dispensaires, etc.) repris seulement peu de temps après leur construction, des routes mal bitumées et qu’on reprend depuis des années. Tout cela parce que des gens chargés de contrôler les travaux ont fermé les yeux sur les manquements au cours des travaux pour avoir prix des pots-de-vin. Souvent les entrepreneurs dépensent tellement l’argent pour obtenir le marché qu’à la fin, ils n’ont plus assez de moyens financiers pour faire le travail.

Comment lutter contre le fléau ? Interroge-je, Amadou qui a fini de nous servir le thé, répond alors que les autres sirotent leur thé.

« Pour lutter contre la corruption, chacun doit éviter d’être corrompu ou de corrompre. Si tout le monde s’engage, on pourra mettre fin à cette pratique ». Et cela me semble vrai. Il y a des corrompus parce qu’il y a des corrupteurs. Tout le monde crie à la corruption mais n’hésite pas à glisser quelques billets soit pour un service rapidement ou un service auquel il n’avait pas droit. C’est pourquoi, chacun à son niveau doit éviter de corrompre ou d’être corrompu c’est ainsi qu’on venir à bout de ce mal ou le réduire au maximum.

« Ceux qui doivent combattre la corruption, ceux là même qui l’encouragent. Si vous êtes en infraction et que vous négocier pour passer, c’est là le problème. Au lieu d’aller prendre une verbalisation et d’aller payer les quittances pour les caisses de l’Etat gagnent de l’argent, ils préfèrent lui un peu pour que le policier empoche et vous laisse partir », confie André. D’autres pense qu’il faut aller par la manière forte. Le temps de la sensibilisation est passé, il faut réprimer.

« Je pense qu’il faudrait que l’on commence à emprisonner les corrompus et corrupteurs. La seule chose qui vaille, c’est de sanctionner ceux qui sont impliqués dans des affaires de corruption », déclare-t-il.

Dans notre grin, nous n’avons pas de solution claire, mais il est évident que les autorités doivent prendre des mesures adéquates pour lutter contre fléau.


La fête de la Tabaski commémorée autrement

La fête de la Tabaski ou l’Aid Kebir, est une communément appelée fête du mouton. Partout dans le monde, elle est célébrée comme une fête musulmane. Sauf que une partie du Burkina Faso, notamment à Gayéri, c’est n’est pas le cas. La fête est célébrée, mais pas seulement par les fidèles musulmans.

La fête de Tabski est communement appelée fête du mouton
La fête de Tabski est communement appelée fête du mouton

Les musulmans célèbrent chaque année le sacrifice d’Abraham. Il était sur le point de sacrifier son fils sur l’ordre de Dieu lorsque Celui-ci lui a envoyé un mouton à la place de l’enfant. Il se trouve que dans mon village, Gayéri, à la même date, on célèbre également cette fête de Tabaski, mais d’une autre manière et dans un autre sens que celui de la religion musulmane. Là, la fête de la Tabaski est appelée « mi jaanciama » (en gulmancema, langue parlée dans la région Est du Burkina), ce qui signifie en français « la grande fête ». C’est la principale fête traditionnelle dans cette localité située dans l’Est du Burkina, à près de 300 km de la capitale Ouagadougou. Elle regroupe toute la localité. Elle est appelée grande fête en comparaison avec  d’autres fêtes traditionnelles notamment la fête des récoltes ou « dilembou » et parce que tout le monde la fête.

Je me souviens encore : « enfants, ce sont les sons des tam-tam des griots qui nous réveillaient  au matin de cette fête».  Chefs de concession et chefs de famille  égorgent  des animaux à leurs fétiches. Pour eux, c’est pour remercier leurs ancêtres pour leur protection et en demander encore pour le reste de l’année. Après cela, moutons, chèvres, poulets et pintades sont passés au couteau pour agrémenter davantage la fête. Ceux qui n’ont pas assez de moyens pour le faire sont soutenus par leurs frères ou amis pour que tout le monde soit dans la fête. Ensuite, les repas sont partagés entre familles ou concessions.

A cette occasion, chacun est invité à aller balayer tôt le matin chez ses oncles et les aider à égorger les animaux. Un geste symbolique qui leur donne droit aux pattes et aux têtes des animaux égorgés dans la famille.

L’après-midi est entièrement consacré aux prestations de troupes de danses ou de cantatrices sous l’œil du chef de village. Selon certaines personnes, cette fête était déjà célébrée avant la pénétration de la religion dans cette partie du Burkina. D’autres localités dans le Gulmu (Est du Burkina) célèbrent également cette la Tabaski de cette façon qui n’est pas forcement liée à la fête telle que fêtée dans la majeure partie, mais célébrée le même jour.