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Exportation de peaux d’ânes : les Chinois menacent l’espèce asine au Burkina

L’affaire de l’abattage clandestin des ânes refait surface cette semaine au Burkina Faso. Pourtant depuis plusieurs mois déjà les populations observent avec étonnement ce trafic.

L’âne figurait parmi les espèces animales les moins menacées au Burkina Faso. C’était sans compter sur les Chinois. Il est vrai que sa viande est consommée. Mais cela ne constituait pas une menace pour cet animal au Burkina Faso. Aujourd’hui, l’âne est menacé d’extinction à cause de sa peau prisée par des Chinois.

Depuis plusieurs mois, la presse nationale fait écho de vols et d’abattages clandestins d’ânes. Une tendance implicitement confirmée par les chiffres du ministère des Ressources animales, selon lesquels quelques milliers de bourricots auraient été légalement tués au Burkina Faso en 2015, contre près de 33 000 peaux exportées. (allafric.com)

Au poste des douanes aussi, on s’est inquiété de cette exportation de peaux d’âne vers la Chine. Selon un responsable de la douane : « Entre octobre 2015 et janvier 2016, environ 19 tonnes de peaux d’ânes ont été exportées du Burkina Faso, seulement par voie aérienne. Et vers une même destination : Hong-Kong, en Chine.  Je ne sais pas exactement quand est-ce que ce commerce a débuté, mais cette quantité est certainement loin d’être le point de la situation de ce qui est sorti du pays ces derniers temps« , s’inquiète Evariste Somda.

Photo/lefaso.net Des ânes en décomposition rendent l'atmosphère irrespirable dans le quartier qui abrite l'usine d'abattage d'âne
Photo/lefaso.net
Des ânes en décomposition rendent l’atmosphère irrespirable dans le quartier qui abrite l’usine d’abattage d’âne

L’ « usine de dépeçage d’ânes » saccagée

Balollé est une localité située à une vingtaine de km de la capitale, Ouagadougou. C’est l’un des sites d’abattage d’ânes. Un témoignage confie à l’Observateur Paalga :

« Un investisseur chinois arrive à chaque fois avec une remorque pleine de baudets, demande d’enlever les peaux, puis repart en laissant les restes des animaux sur place. A un moment donné, il en amenait tellement qu’on n’arrivait plus à écouler la viande, et qu’on était obligés de la brûler ». (L’Observateur paalga)

Les habitants de ce village ont fini par manifester leur ras-le-bol à cause des odeurs des carcasses d’ânes. Les animaux en décomposition, des ossements d’ânes calcinés, les odeurs puantes ont rendu l’atmosphère irrespirable. Lasses de ces odeurs, les populations ont fait une descente et saccagé l’usine.

Une peau d’âne à prix d’or

La ruée chinoise pour la peau d’âne a fait grimper les prix. Alors que l’année dernière, la peau d’âne se monnayait à 3 000 F CFA, aujourd’hui, avec la ruée chinoise, elle atteint 40.000 F CFA. L’âne lui-même ne s’achetait pas à ce prix-là avant l’arrivée des Chinois. Si cette situation persiste, elle peut engendrer deux conséquences : la disparition de l’espèce asine ou son inaccessibilité pour les petits paysans.

« Si ça continue, un petit paysan qui n’avait déjà pas les moyens d’acheter un bovin, ne pourra bientôt plus se payer un âne pour labourer son champ. Et si l’on n’abat plus seulement occasionnellement pour la viande, c’est finalement tout le cheptel qui est en danger, puisqu’il n’existe pas particulièrement d’élevage de ce ruminant. Si on n’y prend pas garde, les ânes risquent de disparaître rapidement du Burkina », s’alarme le Dr Maïga, directeur de la santé publique vétérinaire et de la législation.

« Les promoteurs ne sont pas de Taïwan ».

Face à cette situation, l’ambassade de Taïwan au Burkina Faso a mis les choses au clair. Dans un communiqué, l’ambassadeur taïwanais a précisé que les promoteurs de ce commerce peu commun ne viennent pas de Taïwan.

L’Ambassade de la République de Chine (Taïwan) voudrait informer l’opinion publique qu’il ne s’agit en aucun cas d’opérateurs économiques ressortissants de la République de Chine (Taïwan).

D’autres pays de l’Afrique de l’Ouest connaissent ce regain d’intérêt des Chinois pour la peau de l’âne africain. Dans le village de Sanankoroba, au Mali, une entreprise chinoise a créé un abattoir spécialisé dans l’abattage des ânes.

Selon des sources, près de 300 ânes sont abattus chaque jour dans cette unité chinoise et le produit est exporté directement en Chine.

La chasse à la peau d’âne par les Chinois n’est pas fortuite. La peau d’âne aurait une certaine importance dans la fabrication de médicaments à l’usage des femmes. La population asine étant en baisse sur le sol chinois, ils se sont tournés vers le continent africain, et plus précisément en Afrique de l’Ouest. C’est l’explication fournie par un Chinois installé au Burkina. Il aurait aidé à exporter les peaux de 4 000 ânes l’année dernière.

Il est temps que les pays africains arrêtent de donner des autorisations d’exportation sans connaitre les contours des projets. A long terme, cette exportation va certainement causer de sérieux problèmes dans toute l’Afrique de l’Ouest. Une partie du continent où l’âne est utilisé pour plusieurs travaux domestiques ou champêtres.

Grèves au Burkina : délestages et pénurie de bière en perspective

Le Burkina Faso est confronté à une série de grèves depuis plusieurs semaines. Différents secteurs sont concernés par ces multiples mouvements qui ont déjà occasionné une flambée du prix de la bière et des délestages à Ouagadougou.

Des travailleurs de différents secteurs d’activité ont entrepris des grèves pour améliorer leurs conditions de vie et de travail. C’est le cas des travailleurs de la Société de distribution de boissons (Sodibo) la Brasserie du Burkina (Brakina) et de l’Union des transporteurs et des routiers du Burkina.

L’heure de la grève semble avoir sonné au Burkina Faso. Après la grève pour la baisse du prix du carburant à la pompe, c’est autour de chaque secteur d’activité de battre le pavé. Ces derniers jours sont marqués par la grève des travailleurs de la Société de distribution de boissons (Sodibo), de la Brasserie du Burkina (Brakina et celle de l’Union des chauffeurs et routiers du Burkina Faso. Les chauffeurs et routiers observent une grève depuis le 30 mars 2015, et ce pour 48 heures. Ces derniers exigent le respect de la convention collective signée en 2010 et qui devait entrer en vigueur depuis le 1er janvier 2011.  Selon l’Union des chauffeurs et des routiers du Burkina, cette convention collective n’est pas encore appliquée. L’autre point de leur plateforme revendicative porte sur les salaires. Ils exigent un salaire d’au moins 75 000F CFA par mois, mais aussi la déclaration de tous les chauffeurs routiers à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Ce sont, entre autres, les raisons avancées pour bloquer le secteur des transports pendant 48 heures. Difficile pour les voyageurs de quitter ou de rentrer à Ouagadougou pendant cette période. Cette grève semble porter déjà des fruits puisque le gouvernement a annoncé que certains de ces points trouveront solutions.

Photo/Lefaso.net De nombreux passegers se sont vus refuser la sortie ou l'accès à la capitale, Ouagadougou
Photo/Lefaso.net
De nombreux passagers se sont vus refuser la sortie ou l’accès à la capitale, Ouagadougou

Ces multiples grèves ont de nombreuses conséquences sur la vie des Burkinabè.  Au-delà du report des voyageurs, la grève des transporteurs a occasionné des délestages à Ouagadougou. Du côté de la Société nationale de l’électricité (Sonabel), on s’inquiète déjà des conséquences de cette grève déclenchée ce lundi 30 mars sur toute l’étendue du territoire « les citernes ravitaillant la Sonabel sont à l‘arrêt et les centrales électriques sont en panne sèche, avec un risque d’arrêt total d’ici quelques heures si une solution n’est pas trouvée » a indiqué le site d’information lefaso.net

Les grèves répétitives à la Société de distribution de boisson et de la Brasserie du Burkina ont débuté depuis le 24 mars 2015. C’est une grève illimitée et les conséquences aussi ne sont pas les moindres. Selon le directeur de la Sodibo/Brakina les pertes se chiffrent à plusieurs centaines de millions par jour. « L’usine perd environ 500 à 600 millions de chiffres d’affaires par jour. Et c’est environ 150 à 200 millions de F CFA de taxes qui ne sont pas versées à l’Etat, chaque jour », a souligné Marc Pozmentier. A cela s’ajoute la rareté de la bière dans les lieux de vente. Plusieurs bars et « maquis » connaissent une rupture de bière. D’où une flambée du prix. A certains endroits la bière qui était vendue à 600F CFA atteint aujourd’hui 750 F CFA.  Alors que le mouvement des travailleurs de ces brasseries ne semble pas faiblir, certains se tournent déjà vers les pays voisins pour approvisionner leurs caves.

Orpaillage traditionnel au Burkina :Un secteur porteur mais dangereux

Le secteur minier est en plein essor au Burkina Faso. Depuis 2009, le métal jaune est devenu le premier produit d’exportation du Pays des hommes intègres. L’exploitation traditionnelle, source de nombreux inconvénients, occupe une place de choix dans cette croissance.

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photo zoodomail.com L’orpaillage traditionnel se fait souvent dans des conditions précaires

L’orpaillage traditionnel occupe une place importante dans l’économie du Burkina Faso. Il permet ainsi de lutter contre le chômage des jeunes, surtout des ruraux,  en les employant  sans tenir compte de leur niveau d’instruction. Le pays a connu une croissance importante de cette exploitation minière ces dernières années avec « l’apparition » du métal jaune un peu partout sur l’étendue de territoire national. C’est une activité qui est menée sur plus de 200 sites et qui nourrit plus de 200 000 personnes, vivant principalement en milieu rural. Ces chiffres sont de 2006, ce qui nous laisse supposer, qu’aujourd’hui, les sites d’exploitation traditionnelle dépassent largement ce nombre.

Si cette activité procure de l’argent à beaucoup personnes, il n’en demeure pas moins qu’elle engendre également de nombreux inconvénients aussi bien sur l’homme que sur la nature.

Conséquence de l’orpaillage sur l’homme et son environnement

L’orpaillage traditionnel contribue à la déforestation et à la dégradation du sol. Les hommes ne ménagent aucun effort à la recherche du métal jaune. La coupe du bois aux entours des sites entraine forcement un déboisement, les puits et les produits chimiques causent des dommages importants aux sols et les rendent infertiles. Ainsi, tout le couvert végétal est fortement meurtri sous la pression des orpailleurs. Le site signifiait  http://www.mediaterre.org que : « Les rejets directs de mercure sous forme liquide au cours des opérations d’amalgamation du concentré d’or dans les sols dont le lessivage par les eaux de ruissellement favorise la mobilisation et la dispersion des métaux lourds dans l’environnement, notamment dans les eaux de surface (fleuves, rivières, lacs, barrages et retenues d’eau), et dans les eaux souterraines par infiltration. La méthylation du mercure est favorisée par les conditions physico-chimiques du milieu aqueux, conduisant ainsi à la forme la plus toxique et dangereuse du mercure pour la santé publique ».

Au-delà de l’environnement, l’homme n’échappe pas aux effets que lui-même a produits.  La poussière, l’inhalation des produits toxiques, ou la consommation de produits prohibés pour mieux travailler engendre souvent des maladies. La toux, l’angine, la pneumonie ou même des maladies sexuellement transmissibles sont les risques que courent les orpailleurs traditionnels.  L’argent attire tout le monde. Et les travailleuses du sexe aussi. C’est pourquoi, ces dernières voient aussi leur activité fleurir sur les sites d’orpaillage, là où « l’argent est comme la poussière ». Sur les sites, elles ont aussi leur quartier. Et les tarifs, semble-t-il, n’ont rien à voir avec ceux de la ville. Fermons cette parenthèse, parlons d’une autre couche plus vulnérable : les enfants. Avec ou sans la bénédiction de leurs parents, ils sont nombreux à déserter les écoles pour les sites miniers. C’est le cas d’un élève de la classe de troisième qui, après avoir échoué au BEPC, a fait un saut à la mine pendant les vacances. La prise a été bonne pour lui, puisqu’il a obtenu 12 millions de FCFA. Une raison pour lui d’abandonner totalement les bancs en affirmant que ses professeurs même n’ont jamais eu cette somme. D’autres enfants plus jeunes encore sont sur les sites miniers à la recherche du métal jaune alors que, selon leur âge, ils devraient être encore à l’école. Ils sont ainsi laissés à la proie des accidents de travail et sans aucune protection. L’autre conséquence, c’est le renchérissement de la vie dans les villes ou villages environnants. Les habitants assistent impuissants à la hausse des produits de consommation. « Les poulets que nous achetions  à 1000 F CFA, se vendent maintenant au double. Parce que les vendeurs savent que si nous n’achetons pas à ce prix là, sur le site ils vont avoir plus que cela ». Voilà comment le loyer, prix des œufs, de la boisson, de la viande s’augmente facilement.

Impuissance ou laxisme gouvernementale

Silence, au gouvernement on réfléchit ! A l’Assemblée nationale, une députée a posé une question orale en demandant au ministre des mines comment le gouvernement peut réglementer ce secteur tout en sauvegardant le niveau de vie des populations concernées au regard des avantage qu’il procure ? Le ministre avait répondu que la pratique l’orpaillage dans le respect de la réglementation nationale permet effectivement de procurer des revenus et dans une moindre mesure réduire le chômage des jeunes ruraux. Avant de préciser :   « … au niveau de mon département, nous réfléchissons à un cadre réglementaire amélioré du secteur de l’orpaillage de sorte à prendre en compte les intérêts des orpailleurs, des collectivités qui abritent les sites et de l’Etat ». vivement que ce cadre soit trouvé et appliqué à temps.