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Burkina Faso – Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara « amnistie » Blaise Compaoré

Blaise Compaoré est désormais ivoirien. C’est une nationalité qui vaut une « amnistie » pour l’ancien président du Faso. Il est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice de son pays notamment pour son implication dans l’assassinat de l’ancien chef d’Etat Thomas Sankara. Compaoré pourrait ainsi échapper à la justice de son pays grâce à son hôte, le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara.

Les rumeurs couraient déjà depuis le mois de janvier 2016. Cette fois-ci c’est officiel : Blaise Compaoré a obtenu la nationalité ivoirienne. « Réfugié » depuis le 31 octobre 2014 en Côte d’Ivoire, l’ancien président burkinabè est finalement devenu ivoirien. Son frère, François Compaoré, a aussi été fait ivoirien.

Le président Alassane Dramane Ouattara a signé le décret qui accorde la nationalité ivoirienne à Compaoré en novembre 2014, à peine un mois après le départ forcé l’ex chef d’Etat et son exil à Abidjan. Mais cela n’a été publié au journal officiel qu’en janvier 2016, après qu’un mandat d’arrêt international soit lancé contre l’ancien président, en décembre 2015.

« Le décret numéro 2014-701 ne fait qu’une vingtaine de lignes. Signé d’Alassane Ouattara, il annonce sobrement, que suite à sa demande, Blaise Compaoré, né en 1951 à Ouagadougou, est naturalisé ivoirien. Le décret suivant annonce, lui, la naturalisation de François Compaoré, le frère de l’ancien président burkinabè ». (RFI)

La justice burkinabè veut entendre Blaise Compaoré, il est inculpé pour son rôle présumé dans l’assassinat de l’ancien chef d’Etat Thomas Sankara en 1987 lors d’un coup d’Etat. C’est ce coup d’Etat qui porta Compaoré au pouvoir… jusqu’à sa chute  en octobre 2014. Il est également accusé d’attentat contre la sûreté de l’Etat, de complicité d’assassinat et de complicité de recel de cadavre.

Une nationalité pour échapper à la justice

La demande et l’obtention de la nationalité ivoirienne par les frères Compaoré vise surtout à échapper à la justice burkinabè. Le nom du frère, François Compaoré, a souvent été cité dans l’enquête sur l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Le journaliste a été assassiné alors qu’il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur du « petit président »(François), tué par les éléments de l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP).

En prenant la nationalité ivoirienne les deux frères Compaoré semblent échapper à la justice du Burkina Faso.Grâce à cette nouvelle nationalité, le président ivoirien – ami de Blaise Compaoré – a désormais un excellent prétexte pour ne pas les livrer à la justice de leur pays. L’extradition n’est pas pour demain.

La naturalisation sonne comme un échappatoire à la justice burkinabè
La naturalisation sonne comme un échappatoire à la justice burkinabè

Mais en choisissant de fuir, les frères Compaoré donnent raison à leurs détracteurs. Comme s’ils se savaient déjà coupables. Est-ce que le parapluie de la nationalité ivoirienne peut les protéger indéfiniment ? Un changement de régime pourrait-il faire changer les choses ? Une nationalité signée par décret ne protège pas d’une extradition.

Un arrangement entre autorités ivoiriennes et burkinabè ?

Et si personne n’avait intérêt à voir Blaise Compaoré devant la justice ? Peut-être que cette nationalité toute neuve arrange et les autorités burkinabè et les autorités ivoiriennes. Alassane Dramane Ouattara le protège par devoir de reconnaissance ; nul doute aujourd’hui que le président ADO a bénéficié du soutien de Blaise Compaoré dans sa quête du pouvoir (sans parler du soutien de Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale ivoirienne).
Quant aux autorités actuelles du Burkina Faso, elles ont travaillé avec Blaise Compaoré pendant plus de deux décennies. Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè, Simon Compaoré, son ministre de la sécurité intérieure et le président de l’assemblée nationale du Burkina, Salif Diallo, étaient tous des poids lourds du parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Ils étaient très proches du président, ses « bras droits », jusqu’à ce que Compaoré décide de les écarter du parti. Aujourd’hui peut-être qu’ils n’ont pas intérêt à ce que certains dossiers soient ouverts.

Alors on décide, au nom de l’amitié entre les deux pays et pour calmer les choses, de livrer les « petits poissons ». Les éléments de l’ex- régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’unité responsable du coup d’Etat avorté du 17 septembre qui a secoué la transition burkinabè pendant une dizaine de jours, sont extradés au Burkina. « Rambo » (Moussa Nébié, l’adjudant chef du RSP) et ses compagnons, qui étaient réfugiés à Abidjan, ont été arrêtés et sont désormais entre les mains de la justice militaire burkinabè. Le gouvernement burkinabè « salue » l’action de la Côte d’Ivoire alors que les « gros poissons » « se la coulent douce » en terre ivoirienne, pays d’hospitalité. Et tout le monde est tranquille.

 

 

 

Judicael

Judicael

Judicael Gael LOMPO, est diplômé de l'école de Communication et Journalisme de l'université de Ouagadougou. Il s'intéresse aux réseaux sociaux, médias et développement.

2 thoughts to “Burkina Faso – Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara « amnistie » Blaise Compaoré”

    1. Je crois que maintenant la justice, au plan national (burkinabè) en tous cas, ne peut qu’attendre le départ d’Alassane du pouvoir et un changement de régime pour espérer l’entendre.

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