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Burkina Faso : le nouveau lexique spécial coup d’Etat

Le lexique des Burkinabè s’est agrandi. Des mots que vous ne verrez jamais dans un dictionnaire : « Diendériser », « Ablasser », « Léoncer »… Mais au Burkina, ces mots ont actuellement un sens profond.

Tout en relayant les informations du putsh sur Internet, les internautes burkinabè ont tourné en dérision les acteurs de cette crise. Le tout-puissant général, a certainement eu pour son compte.

Ainsi la « diendérise » ou « diendérade » signifie désormais au Pays des hommes intègres « une grosse connerie sans pareille » comme un « coup d’Etat bête ». Les internautes ont créé aussi le verbe « léoncer ». Comprenez par-là « dormir » ou se reposer « s’assoupir pendant un événement important ». Je crois que ce mot fait allusion à Léonce Koné, vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Celui-ci se serait assoupi lors de la rencontre avec les médiateurs de la Cédéao. L’autre star de ce nouveau lexique à la burkinabè est Achille Tapsoba. Ce dernier, membre du bureau exécutif national du CDP, a été arrêté par des manifestants alors qu’il serait en train de gagner le Ghana, pays voisin du Burkina. En fait il voulait « fuir ». C’est ainsi qu’« achiller » est devenu synonyme de « fuir ». Même si l’intéressé nie toute tentative de fuite, le verbe est créé.

Publication prise sur Facebook. Le tout nouveau dictionnaire ''LE PETIT ETALON'' est disponible aux éditions la RESISTANCE. Vous y trouverez des chroniques, des proverbes et surtout de nouveaux concepts. Il est gratuit – à Editions la Resistance-Burkina Faso.
Publication prise sur Facebook.
Le tout nouveau dictionnaire  »LE PETIT ETALON » est disponible aux éditions la RESISTANCE. Vous y trouverez des chroniques, des proverbes et surtout de nouveaux concepts. Il est gratuit – à Editions la Resistance-Burkina Faso.

Ce ne sont pas seulement les partisans du coup d’Etat qui ont inspiré les internautes. Ablassé Ouédraogo, du Faso autrement, en a eu pour son compte aussi. C’est vrai que depuis un certain temps ses sorties médiatiques laissaient à désirer. Sur les antennes de Rfi, le « Moagha » a soutenu l’amnistie pour les putschistes. Ce qui a enrichi le nouveau lexique des Burkinabè : « ablasser », signifierait « dire des stupidités ». Même les mots militaire et civil ont changé de signification. Désormais, il faut comprendre par « militaire » une personne ayant des armes, mais ne sachant pas s’en servir. En revanche, un civil  burkinabè est un « militaire très courageux », mais ne disposant pas d’arme. Les premiers sont accusés d’avoir mis du temps avant d’intervenir dans la crise alors que les seconds sont loués pour leur courage. Même les médiateurs de la Cédéao ont inspiré les internautes pour l’enrichissement du lexique burkinabè.  Ainsi « yayiboniser » =   faire une promesse que vous ne tiendrez pas et « mackysalliser » = ne pas dire la vérité. Le président Yayi Boni avait annoncé « la bonne nouvelle » dès le 18 septembre en parlant du projet d’accord. Ce projet d’accord a été rejeté par les populations. Ça y est ! Maintenant vous aussi, vous connaissez le nouveau lexique au Faso.

Mais chers lecteurs, c’est juste pour s’amuser après une semaine de folie. Une semaine pendant laquelle nous avons été beaucoup diendérisés et pendant laquelle on n’a pas pu léoncer comme on voulait. Au contraire on a passé le temps à achiller devant les éléments du RSP. Ceux qui sont venus aider nous ont yayibonisés. Ils nous ont même mackysallisés. La semaine était dure à telle enseigne que certains d’entre nous ont commencé à ablasser. Mais aujourd’hui, tout est en train de rentrer dans l’ordre. Je peux maintenant léoncer tranquillement.

 

Coup d’Etat au Burkina : Le CND tente de museler la presse

Plusieurs médias ont reçu la visite des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dès l’arrestation des autorités de la transition. Ces médias, notamment les radios ont été sommées de cesser toute émission. Ces décisions semblent donner raison à ceux qui croient que le Conseil national pour la démocratie (CND) veut faire taire les médias nationaux, souvent dans la violence.

Après le coup d'Etat le général et ses soldats n'ont se sont pris aux médias
Photo J. Lompo Après le coup d’Etat le général et ses soldats s’en sont pris aux médias

 

Faire taire toute voix discordante. C’est l’objectif visé par ceux qui tentent par tous les moyens d’annihiler l’action des médias. Après l’arrestation des autorités de la transition, les médias ont été les premières cibles de musellement du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et le Conseil national pour la démocratie (CND). Tour à tour, ils ont procédé à une fermeture systématique des stations de radio. Surtout celles qui condamnaient le passage en force du RSP. Omega FM, Radio liberté, Ouaga FM, Savane FM pour ne citer que celles-ci, ont été forcées de cesser d’émettre.

Cette fermeture est souvent accompagnée de violence. C’est le cas de la radio Oméga FM où après fermeture, « les soldats ont mis le feu aux motos de certains journalistes », selon un animateur de la station radio. Pour m’assurer de la véracité de l’information, j’ai appelé un journaliste de cette station qui m’a confirmé, encore sous le choc que, quatre à cinq motos ont été brûlées.

Dans un communiqué, l’association des professionnels des médias a d’ailleurs condamné cette attitude. « Ils font irruption dans certaines radios et télévisions de la capitale où ils ont déjà fait arrêter manu militari les émissions, brutalisé certains journalistes ou confisqué leur matériel de travail. A la radio Oméga FM, ils ont même incendié les motos du personnel avant de quitter les lieux », explique l’association. Ouaga FM, Savane FM ont aussi connu des incendies.

La « radio de la résistance »

C’est dans ce contexte de fermeture presque totale des stations radio, qu’une autre est née: la radio de la résistance. Elle a été créée au deuxième jour du soulèvement du peuple burkinabè contre le coup d’Etat.Personne ou très peu de gens savent où elle est localisée. Dans la clandestinité, elle émet sur 108.0 FM. Durant toute cette journée, elle diffuse les messages de la résistance notamment les déclarations du président du Conseil national de la transition (CNT), Shérif Sy.

Le CNT fait figure d’Assemblée nationale puisqu’il regroupe les députés de la transition. En l’absence du chef de l’Etat, Shérif Sy, président du parlement intérimaireappelle toutes les composantes de la population à rejeter et à résister face à la forfaiture du RSP. La radio de la résistance, comme son nom l’indique, est dès lors la voix des résistants. La voix de ceux qui disent non au coup d’Etat et appellent au rétablissement du gouvernement et aux autres institutions de la transition.

Mais hélas ! Cette voix a aussi été coupée. La radio de la résistance a cessé d’émettre depuis samedi 19 septembre 2015.

La revanche des réseaux sociaux

Journalistes, activistes et autres « résistants » prennent leur revanche sur internet. La radio Oméga a pu renaître de ses cendres sur la Toile. Facebook et Twitter sont donc devenus les nouveaux canaux par lesquels, on informe et l’on s’informe.

Même si certaines de ces informations sont difficiles à vérifier, les réseaux sociaux demeurent, à l’heure où je trace ces lignes, le moyen le plus adéquat pour s’exprimer librement. Et le peuple burkinabè en profite pour contourner la censure du général et de ses bidasses. Les images de la mobilisation dans les autres villes, les déclarations à la résistances sont continuellement diffusées sur les réseaux sociaux.

Ouahigouya, Fada N’Gourma, Bobo-Dioulasso, Gaoua etc. Toutes les localités du pays montrent leur engagement et détermination contre le coup de force.

 

Situation au Burkina : le Coup d’Etat confirmé par le CND

Un homme en tenue militaire du Régiment de sécurité présidence (RSP) annonce la dissolution du gouvernement et des autres institutions. Il annonce aussi la création d’un Conseil national pour la démocratie (CND).

Le Gl Diendéré est annoncé à la tête du CND
Le Gl Diendéré est annoncé à la tête du CND

« Aujourd’hui 17 septembre 2015, les forces patriotiques et démocratiques alliant toutes les composantes de la nation et réunies au sein du Conseil National pour la Démocratie (CND) ont décidé de mettre un terme au régime déviant de la transition », a déclaré l’officier sur les antennes de la télévision nationale. C’était attendu depuis l’annonce de l’arrestation du président du Faso, de son Premier ministre et deux autres ministres. Ce que l’on redoutait vient de se confirmer. Le coup d’Etat vient d’être annoncé par un officier en tenue du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP). L’homme annonce la dissolution des institutions du gouvernement de transition, le Conseil national de la transition (CNT) :

  • Premièrement, le Président de la transition est démis de ses fonctions –
  • Deuxièmement, le gouvernement de transition est dissous –
  • Troisièmement, le Conseil national de transition est dissous –
  • Quatrièmement, une large concertation est engagée pour former un gouvernement qui se dévouera à la mise en norme politique pour aboutir à des élections inclusives et apaisées

Ce Conseil national pour la démocratie accuse la transition d’avoir détourné la révolution des objectifs du peuple burkinabè. « Instauré à la suite de l’insurrection victorieuse du peuple des 30 et 31 octobre 2014, le régime de transition s’est progressivement écarté des objectifs de refondation d’une démocratie consensuelle ». « La loi électorale, taillée sur mesure pour des individus et décriée par les instances et les hommes de droit, se dresse alors comme un outil de négation des valeurs de notre peuple, fondées sur l’esprit de justice, d’équité et de tolérance », a-t-il poursuivi. Le CND voudrait également rassurer la communauté régionale et internationale, les partenaires au développement de sa détermination à respecter les accords qui engagent le Burkina Faso.

Il demande le soutien du peuple burkinabè : « Le Conseil national de la démocratie appelle tous les Burkinabè à soutenir activement et massivement, dans un esprit de tolérance, le processus de reconstruction engagé dans le calme, la discipline et le travail ». Pendant ce temps dans les médias internationaux, responsables politiques et de la société civile appellent le peuple burkinabè à la résistance. Il faut sauver le peuple burkinabè disent-ils en substance. Et pour cela ils appellent leurs militants, leurs partisans à rester mobilisés.

Sur la télévision nationale, des communiqués du CND annoncent la désignation du Général Gilbert Diendéré comme président, l’instauration d’un couvre-feu, la fermeture des frontières et appellent les secrétaires généraux des ministères à assurer les affaires courantes. Gilbert Diendéré est un proche de Blaise Compaoré, ancien chef d’Etat major particulier de la présidence. Il est aussi proche du président du CDP, Eddie Komboigo. Pendant ce temps, les courses poursuites continuent dans les rues de Ouagadougou et les coups de feu se font entendre dans les quartiers au moment où nous traçons ces lignes.