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Burkina: le parti de Blaise Compaoré menace de boycotter les élections

Décidément l’actualité politique évolue très vite à Ouagadougou. Alors que je me penchais sur les favoris de la présidentielle d’octobre 2015, une nouvelle est tombée. Le Conseil constitutionnel a déclaré inéligibles aux législatives plusieurs candidatures du parti de Blaise Compaoré et de ses acolytes.

Ils sont arrivés au siège de leur parti avec un air détendu, l’esprit serein. Certains prenaient le temps de faire le V de la victoire face aux caméras de médias étrangers présents. Mais en réalité, cette victoire n’est plus à l’ordre du jour au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Ils viennent de recevoir un coup de massue sur la tête. A telle enseigne que les visages n’ont pas tardé à se fermer. Le Conseil constitutionnel a déclaré inéligibles aux élections législatives une quarantaine de candidatures de l’ex-majorité. Et les déclarations qui fusent ne sont pas de nature à apaiser la situation.

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Le CDP réfute la décision du Conseil constitutionnel et menace de se retirer des élections.

« Si nos membres exclus des élections ne sont pas réintégrés, nous n’irons à aucune élection. Nous n’avaliserons pas une opération de transmission du pouvoir maquillée en élections ». C’est en résumé, ce qui ressort de la déclaration liminaire du groupe du 9 avril, lue par Achille Tapsoba du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

Parmi les exclus deux candidats qui briguaient aussi la magistrature suprême : Gilbert Noël Ouédraogo, chef de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) et Eddie Constance Komboïgo à la tête du CDP.

Le CDP ne compte pas rester sans rien faire. Selon les membres du parti présents à la conférence de presse, ils mèneront des actions dans les jours à venir pour que leurs candidats soient réintégrés. Si le Conseil constitutionnel semble ne pas avoir pris en compte la décision de la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’ex-parti au pouvoir met son dernier espoir dans les mains de la communauté internationale. « Nous lançons un appel aux chefs d’Etat de la Cédéao et à la communauté internationale à faire respecter la décision de la Haute Cour de justice de la Cédéao ». Au plan national, ils mobilisent leurs militants contre cette décision : « Nous appelons nos militants à refuser avec détermination cette dérive très grave à notre démocratie », ont-ils déclaré.

Enfin, le Congrès pour la démocratie et le progrès envisage de lancer une campagne de désobéissance civile sur toute l’étendue du territoire national. « Nous appelons nos militants de même que tous les défenseurs de la démocratie, sur toute l’étendue du territoire, à entreprendre toute action entrant dans le sens de la désobéissance civile », a annoncé Achilles Tapsoba.

Reste à savoir si avec cette situation, les proches de Blaise Compaoré peuvent encore mobiliser des troupes. Qui est encore prêt à prendre des risques pour le CDP. A moins d’un mois de l’ouverture de la campagne électorale des élections couplées législatives et présidentielle, le pays a plus que besoin de calme et d’apaisement.

 

Présidentielle au Burkina : les favoris, les faiseurs de roi et les tocards

Dans un pays où le cheval est un symbole important, il n’est donc pas étonnant ni outrageux de faire une comparaison entre la course à la présidence du Faso et la course hippique. Après avoir fait partir l’homme fort, Blaise Compaoré, les Burkinabè se préparent à élire un nouveau président le 11 octobre 2015. Ils pourraient choisir parmi 22 candidats si toutefois toutes les candidatures sont validées. Mais comme au pari hippique, tous les candidats n’ont pas les mêmes performances. Il y a donc des favoris, des faiseurs de roi et des tocards.

La course pour la présidence du Faso est lancée après le départ forcé de Blaise Compoaré
La course pour la présidence du Faso est lancée après le départ forcé de Blaise Compoaré

1. Les favoris

Zéphirin Diabré de l’Union pour le changement (UPC), créée seulement en 2010. L’ancien chef de file de l’opposition a le mérite d’avoir réorganisé l’opposition pour dire non à la mise en place du Sénat et à la modification de l’article 37 de la Constitution. Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines de Blaise Compaoré entre 1992 et 1994, Il a par la suite occupé des postes importants à l’international : directeur Afrique et Moyen-Orient d’Areva (2006-2011), directeur général adjoint du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), à New York, de 1999 à 2006. « Zeph » est considéré comme le candidat favori.

Rock Marc Christian Kaboré. Il se présente sous la bannière du Mouvement pour le peuple (MPP). Pendant le règne de Blaise Compaoré, il a occupé l’important poste comme premier ministre et a été président de l’Assemblée nationale . C’est en janvier 2014 que Rock Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré ont quitté le navire Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) pour créer leur parti. Ils sont considérés comme ceux qui ont participé activement à asseoir la domination de l’ancien parti au pouvoir. Ils ont réactivité leurs anciennes bases et il faudra compter avec eux pour cette présidentielle.

2. Les faiseurs de roi

  • Ablassé Ouédraogo, du Faso autrement. Sauf surprise, y compris pour lui-même, il ne sera pas élu. Mais il pourra être utile aux autres candidats en cas de deuxième tour. Il a été ministre des Affaires étrangères et occupé des postes internationaux.
  • Eddi Komboïgo est le candidat du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti de Blaise Compaoré. Eddi Komboïgo est perçu comme un candidat par défaut. L’homme serait un ami intime de Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier et bras droit de Blaise Compaoré. En dépit de la situation défavorable, le CDP pourrait quand même jouer un rôle important en cas de second tour.
  • Gilbert Noel Ouédraogo est le candidat de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) (ADF/RDA). Le parti de l’éléphant a perdu sa force dans les évènements des 30 et 31 octobre 2014. Fils de l’ancien premier ministre Gérard Kango Ouédraogo, à 46 ans Gilbert Noël se présente pour la première fois après avoir soutenu la candidature de Blaise Compaoré à deux reprises.
  • Ces deux partis alliés n’ont peut-être plus la force de conquérir le pouvoir, mais ils peuvent aider à le conquérir.
  • Me Bénéwendé Stanislas Sankara de l’Union pour la renaissance/ Parti sankariste (UNIR/PS) sera probablement faiseur de roi. Il s’est fait connaître en défendant les dossiers sérieux comme ceux de Thomas Sankara et de Norbert Zongo. Ayant activement participé à la lutte contre la modification de l’article 37, il est en mesure de rallier des électeurs, mais pas en nombre suffisant pour le conduire au palais présidentiel. Sa tentative de regrouper les autres partis sankaristes autour de sa candidature a échoué. Il pourrait bénéficier du soutien de Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara. Il a déjà été candidat aux présidentielles de 2005 et 2010.

3. Les tocards

  • Adama Kanazoe. Membre de l’Alliance des jeunes pour l’indépendance et la République (AJIR), trentenaire,il est appelé à jouer un rôle important dans un proche avenir. Mais cette année, la course sera très difficile pour ce jeune étalon.
  • Issaka Zampaligré est un candidat indépendant. Sauf séisme, ce cinquantenaire ne devrait pas terminer premier de la course à la présidence du Faso.
  • Françoise Toe, Victorien Tougma, Salvador Maurice Yaméogo partent d’ores et déjà perdants pour cette élection. Candidats indépendants méconnus ou de partis politiques peu connus, ils pèseront peu, même en cas de jeux des alliances.

Deux anciens dignitaires de Blaise Compaoré mis aux arrêts au Burkina

Jérôme Bougouma et Jean Bertin Ouédraogo sont transférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). Ces anciens ministres de Blaise Compaoré sont accusés de détournement de deniers publics et d’enrichissement illicite.

Ils avaient déjà été interpellés en avril 2015, mais relaxés pour vice de forme. L’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, Jérôme Bougouma et l’ancien ministre des Infrastructures, du Désenclavement et du Transport, Jean Bertin Ouédraogo ont été arrêtés et transférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) le 14 août 2015. Le troisième, Arthur Kafando ancien ministre du Commerce qui devrait aussi être entendu par la Haute Cour de justice ne s’est pas présenté. Il aurait quitté le pays.

 

Ces anciens ministres sont accusés de détournements de deniers publics et d'enrichissement illicite
Ces anciens ministres sont accusés de détournements de deniers publics et d’enrichissement illicite

Ils sont tous accusés de détournement de deniers public et d’enrichissement illicite. Jérôme Bougouma, ancien ministre de l’Administration du territoire et de la Sécurité est accusé de détournements de deniers publics et d’enrichissement illicite portant sur la somme de trois milliards de francs CFA. L’ancien ministre des Infrastructures, Jean Bertin Ouédraogo est accusé de  détournement de deniers publics et enrichissement illicite portant sur 1.000.000.000 FCFA ». Les charges retenues par le Conseil national de la Transition contre l’ancien ministre du Commerce, Arthur Kafando sont : « faux et usage de faux, détournement de deniers publics portant sur la somme de 78.865.595 FCFA ». Ils risquent 5 à 20 ans de prison s’ils sont reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés.

En avril dernier, ils avaient été relaxés parce que les membres de la Haute Cour de justice, la seule habileté à juger les anciens ministres sur des faits commis dans l’exercice de leur fonction,  n’étaient pas installés. Mais cette cour composée a été installée le 17 avril 2015.

Ces trois personnalités du régime de Blaise Compaoré ne sont pas les seuls. D’autres dossiers seraient en cours contre d’autres dignitaires dont Blaise Compaoré lui-même et son premier ministre Luc Adolph Tiao. Ils sont accusés de  « coups et blessures volontaires, assassinats et complicités de coups et blessures et d’assassinats ».