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Grèves au Burkina : délestages et pénurie de bière en perspective

Le Burkina Faso est confronté à une série de grèves depuis plusieurs semaines. Différents secteurs sont concernés par ces multiples mouvements qui ont déjà occasionné une flambée du prix de la bière et des délestages à Ouagadougou.

Des travailleurs de différents secteurs d’activité ont entrepris des grèves pour améliorer leurs conditions de vie et de travail. C’est le cas des travailleurs de la Société de distribution de boissons (Sodibo) la Brasserie du Burkina (Brakina) et de l’Union des transporteurs et des routiers du Burkina.

L’heure de la grève semble avoir sonné au Burkina Faso. Après la grève pour la baisse du prix du carburant à la pompe, c’est autour de chaque secteur d’activité de battre le pavé. Ces derniers jours sont marqués par la grève des travailleurs de la Société de distribution de boissons (Sodibo), de la Brasserie du Burkina (Brakina et celle de l’Union des chauffeurs et routiers du Burkina Faso. Les chauffeurs et routiers observent une grève depuis le 30 mars 2015, et ce pour 48 heures. Ces derniers exigent le respect de la convention collective signée en 2010 et qui devait entrer en vigueur depuis le 1er janvier 2011.  Selon l’Union des chauffeurs et des routiers du Burkina, cette convention collective n’est pas encore appliquée. L’autre point de leur plateforme revendicative porte sur les salaires. Ils exigent un salaire d’au moins 75 000F CFA par mois, mais aussi la déclaration de tous les chauffeurs routiers à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Ce sont, entre autres, les raisons avancées pour bloquer le secteur des transports pendant 48 heures. Difficile pour les voyageurs de quitter ou de rentrer à Ouagadougou pendant cette période. Cette grève semble porter déjà des fruits puisque le gouvernement a annoncé que certains de ces points trouveront solutions.

Photo/Lefaso.net De nombreux passegers se sont vus refuser la sortie ou l'accès à la capitale, Ouagadougou
Photo/Lefaso.net
De nombreux passagers se sont vus refuser la sortie ou l’accès à la capitale, Ouagadougou

Ces multiples grèves ont de nombreuses conséquences sur la vie des Burkinabè.  Au-delà du report des voyageurs, la grève des transporteurs a occasionné des délestages à Ouagadougou. Du côté de la Société nationale de l’électricité (Sonabel), on s’inquiète déjà des conséquences de cette grève déclenchée ce lundi 30 mars sur toute l’étendue du territoire « les citernes ravitaillant la Sonabel sont à l‘arrêt et les centrales électriques sont en panne sèche, avec un risque d’arrêt total d’ici quelques heures si une solution n’est pas trouvée » a indiqué le site d’information lefaso.net

Les grèves répétitives à la Société de distribution de boisson et de la Brasserie du Burkina ont débuté depuis le 24 mars 2015. C’est une grève illimitée et les conséquences aussi ne sont pas les moindres. Selon le directeur de la Sodibo/Brakina les pertes se chiffrent à plusieurs centaines de millions par jour. « L’usine perd environ 500 à 600 millions de chiffres d’affaires par jour. Et c’est environ 150 à 200 millions de F CFA de taxes qui ne sont pas versées à l’Etat, chaque jour », a souligné Marc Pozmentier. A cela s’ajoute la rareté de la bière dans les lieux de vente. Plusieurs bars et « maquis » connaissent une rupture de bière. D’où une flambée du prix. A certains endroits la bière qui était vendue à 600F CFA atteint aujourd’hui 750 F CFA.  Alors que le mouvement des travailleurs de ces brasseries ne semble pas faiblir, certains se tournent déjà vers les pays voisins pour approvisionner leurs caves.

8 mars : des femmes qui luttent pour la sécurité économique de leurs familles

Nous avons célébré ce 8 mars encore la journée internationale de femme. On a évoqué, encore l’autonomie financière des femmes, l’accès des femmes à la formation professionnelle et bien d’autres thèmes en faveur de l’autre moitié du ciel. Mais on a très peu entendu la voix de ces femmes qui se battent chaque pour le bien-être de leurs familles.

J’ai vu des femmes qui se battent chaque jour pour sortir leurs familles de la misère. Elles sont loin des célébrations de la journée internationale de la femme. Ces femmes ne sont pas allées à faso parc pour danser ou chanter. Et pourtant c’est à elles que je pense en cette journée. Je les ai rencontrées dans une localité très éloignée de Ouagadougou : Tampendjoaga. Elles sont plus proches du Togo que de leur pays. Soutenues par une ONG, elles se sont réunies en groupe d’épargne et de solidarité pour faire face à la pauvreté.

Photos Ouaga.com La cérémonie officielle de la celebration a regroupé les différentes représentantes de femmes.
Photos Ouaga.com
La cérémonie officielle de la celebration a regroupé les différentes représentantes de femmes. Mais la voix des femmes n’est pas pour autant entendue

Chaque groupe d’épargne et de crédit compte entre 15 et 30 membres. Les activités sont orientées par un règlement intérieur qui définit les modalités des services et la vie du groupe en général. Les femmes choisissent le montant de la cotisation. Selon la présidente d’un groupe de femmes, « la somme collectée permet après de faire des crédits. Mais une femme ne peut prendre une somme supérieure à plus de trois fois sa cotisation. Le taux d’intérêt est de 5% ». Cette cotisation apparemment insignifiante, aide pourtant les femmes et même leurs familles.

Elles s’octroient des crédits, qui leur permettent de mener des activités génératrices de revenus. « Avec ces cotisations, nos conditions de vie ont considérablement changé. Nous arrivons à pourvoir à nos besoins et à certains de nos enfants notamment pour leur éducation », a rassuré Aminata, membre du groupe d’épargne et de crédit.

Pour la présidente de ce groupe, c’est toute la famille qui en profite.  Les femmes font de petites activités avec l’argent. Cela renforce même la cohésion de la famille. Elle a déclaré : « Avant il fallait chaque fois voir nos maris. Comme eux aussi ils n’ont pas tout temps de l’argent, on ne s’entendait pas. Maintenant nous en avons un peu de sorte à pourvoir aux petits besoins de la famille. Nous sommes contentes et nos maris aussi. Ils nous aiment plus en encore ».

Zénab est la présidente du groupement Tampendjoaga. Pour elle, les groupes d’épargne et de crédit sont une véritable opportunité pour le petit commerce des femmes. Les différents prêts permettent aux femmes de démarrer des activités génératrices de revenus. « Moi je vends des chaussures pour dames. Il y en a qui vendent des céréales, d’autres font de l’élevage, du dolo. Tout cela nous permet d’avoir de l’argent pour nous et nos enfants », a affirmé Zénab. Selon l’agent villageois, « il n’y a plus de femme qui ne fait, toutes les femmes font diverses activités rémunératrices ». Ces femmes ont donc pris la décision de ne plus attendre leur maris, non pas dans un esprit de concurrence mais de complémentarité. Et leur action est salvatrice pour elles-mêmes, leurs enfants et toutes leurs familles. Elles arrivent à subvenir aux besoins de leur famille soutenant ainsi leurs maris. Zénab, Marie, Alima, leurs noms ne vous disent rien. Vous ne les verez à aucune tribune, mais ce sont des championnes, au moins pour leurs familles respectives.

Politique : Il faut penser aux jeunes au-delà des élections

Les partis politiques ont pris d’assaut les différentes localités du pays depuis l’annonce des élections couplées législatives et présidentielle du 11 octobre 2015. Les jeunes constituent leur cible principale dans la quête de l’électorat burkinabè. Chaque parti dit mettre la jeunesse au centre de ses préoccupations.

Au Burkina Faso nous sommes dans une période où les jeunes sont adulés de toutes parts. Après les 30 et 31 octobre 2014, les jeunes burkinabè ont fini de démontrer leur capacité à changer le tournant de la vie politique du pays. Une démonstration qui a convaincu les politiciens que pour la conquête du pouvoir, il vaut mieux avoir la sympathie des jeunes. La fin de l’ère Compaoré s’ouvre sur une nouvelle qui verra des élections « plus ouvertes », où le gagnant n’est pas connu d’avance. Alors pour y parvenir, les états-majors des partis politiques vont de localité en localité à la recherche de partisans, de voix en vue de la présidentielle de 11 octobre prochain. C’est dans ce contexte que tous les regards ne tournent encore vers la tranche jeune de la population burkinabè. Chaque parti politique se fait l’avocat de la jeunesse. Même ceux qui ont bâillonné hier la jeunesse se présentent comme des « messi » pour sauver leur ancienne « proie ». Ceux qui ont contribué à réprimer durement les différentes manifestations des élèves et des étudiants se sont transformés en fervents défenseurs des jeunes. C’est dans cette période qu’on entend toutes sortes de plans, de politiques, de stratégies pouvant sortir la jeunesse de l’impasse dans laquelle elle se trouve : le manque d’emplois, la formation professionnelle, l’éducation. Certains diront même ils sont le parti des jeunes.

Les jeunes multiplient les marches après les elections pour la prise en compte de leurs préoccupations
Les jeunes multiplient les marches après les elections pour la prise en compte de leurs préoccupations

Il est normal et bien-pensant de placer la jeunesse au centre de sa stratégie de campagne étant donné que les jeunes constituent plus de moitié de la population. Mais il est encore mieux de penser à ces jeunes au-delà des élections. Une chose est d’être élu mais une autre est de travailler à l’épanouissement de toute la population burkinabè et des jeunes en particulier. Très souvent nos politiciens ne se souviennent de leurs promesses qu’à l’approche des prochaines élections. C’est là le malheur de la jeunesse burkinabè et même africaine. Elle ne sert aux dirigeants que pour les échéances électorales. La jeunesse pour eux, c’est juste un « bétail électoral». C’est avec respect et considération que ces politiciens vont vers les jeunes pendant les campagnes électorales, mais c’est par des gaz et des coups de matraques et même des réformes inappropriées qu’on les remercie. Les jeunes aujourd’hui attendent plus que de simples déclarations ou de plans. Il faut des actes plus concrets.

Il est donc temps que les dirigeants s’occupent de cette jeunesse qui, comme on le dit, est l’avenir de chaque pays. Une jeunesse mal formée, malade, et sans emploi ne peut contribuer au développement de son pays. Et la Camerounaise Marie Tamoifo Nkom l’avait déjà dit lors du 23e sommet Afrique- France : « Nous sommes dans l’urgence, dans l’obligation d’avancer. Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, le vent du changement, en contexte démocratique, conduira la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens », avait-elle martelé à la tribune du sommet. Aujourd’hui encore beaucoup de pays africains sont toujours dans cette situations.