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Le vélo, le cheval moderne des Burkinabè

« O kutaamo ». C’est ainsi qu’on appelle le vélo dans ma langue maternelle. Cela signifie « le cheval en fer » en gulmancema. Cette langue est parlée surtout dans la partie est du Burkina Faso. Cette appellation, à elle seule, montre comment  ce moyen de locomotion a pris place dans la vie des Burkinabè. Aujourd’hui le vélo occupe la place qu’occupait le cheval dans la vie de nos grands-parents. Le vélo est omniprésent dans la vie du Burkinabè. L’un des plus grands cadeaux qu’un enfant attend c’est certainement un vélo.

Photo Slatesafrique.com Le vélo est adapté pour tout le monde.
Photo Slatesafrique.com
Le vélo est adapté pour tout le monde.

Un usage diversifié du vélo

L’usage du vélo a pris diverses formes au pays des hommes intègres. C’est sur ce moyen de locomotion que le petit garçon ou la petite fille part à l’école, dans les zones urbaines comme rurales. Les enfants qui se déplacent à vélo pour aller à l’école sont nombreux. Cet usage est encore indispensable dans les zones rurales du Burkina Faso. Les élèves peuvent parcourir plusieurs km pour rejoindre leurs écoles, au primaire comme au secondaire. Pour ces enfants le vélo devient le moyen de déplacement le plus adapté. Et surtout le disponible car moins cher et plus facile à entretenir.Il ne demande pas de dépenses, notamment pas de carburant. C’est également avec son vélo que le paysan rejoint son champ très tôt le matin, en saison pluvieuse. Quand il revient le soir, c’est avec ce même vélo qu’il transporte du bois pour sa femme. Et en saison sèche, c’est au moyen de sa bicyclette qu’il parcoure les marchés des villages environnants pour faire son petit commerce. Il transporte alors friperie, cola, sel ou autres marchandises afin de les vendre, village après village. L’utilité du vélo en milieu rural est devenue même un fait de socialisation. Il y a quelques années de cela, certains villageois partaient travailler dans les pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, afin de s’offrir ce moyen de locomotion.

Évènements sportifs liés au vélo

Le vélo occupe une place primordiale dans la vie du Burkinabè. Il est rare de trouver une famille burkinabè sans bicyclette. Cet usage du vélo dans le pays a contribué à l’appellation de la capitale, Ouagadougou : la capitale des engins à deux roues.

L’amour et la pratique du vélo au pays des hommes intègres ont favorisé l’émergence de sports comme le cyclisme. Le pays organise, depuis 1987, l’un des plus grands événements sportifs africains : le Tour du Faso. Chaque année des équipes venues des continents africain et européen parcourent les villes et les campagnes du pays. Le Burkinabè Abdoul Aziz Nikiema est d’ailleurs le vainqueur de la dernière édition, celle de 2013. Les caravanes du tour du Faso reçoivent toujours un bel accueil de la part des populations des localités traversées. En plus du Tour du Faso, d’autres compétions de vélo sont organisées à travers le pays. C’est le cas du championnat burkinabè de cyclisme.

Le commerce

La forte demande de la population en vélo est aussi une bonne affaire pour les commerçants. La marque Peugeot n’a plus son monopole d’antan au Burkina Faso. Aujourd’hui on trouve une grande variété de marques de vélo au Burkina Faso. A cela s’ajoute les vélos dits « Au revoir la France ». Ce sont des vélos usés mais qui sont appréciés par les cyclistes burkinabè. Ils ne sont pas très chers, en général, mais très résistants et pratiques selon l’objectif visé. Les vélos paniers ont fait leur apparition au Burkina, il y a quelques années. Aujourd’hui, ces vélos ont acquis la sympathie des Burkinabè.  Aux débuts réservés aux femmes, aujourd’hui les « vélos paniers » plaisent aux hommes aussi. Ils sont accessibles: autour de 30 000 francs CFA.

Aujourd’hui, le Burkinabè peut s’offrir un vélo sans trop de difficultés. Le prix du vélo baisse année après années grâce à leur multiplicité. Malgré tout, ce sont les commerçants qui se frottent les mains.

Visite d’un site d’orpaillage: « il y a l’or ici »

Nous sommes à environ 3 km de la ville de Djibo, dans la région du Sahel au Burkina Faso. Cette région est réputée pour ses nombreux sites aurifères. On peut citer facilement Essakane, Enatan qui font l’objet d’une exploitation industrielle.  Mais là où je me rends, c’est plutôt une exploitation artisanale. L’homme essaie par tous les moyens d’extraire le métal jaune. Ici on ne pense pas aux risques. On reste positif, et espère qu’on sortira indemne un jour de son trou, d’une profondeur de plusieurs dizaines de mètre. Et surtout qu’on sortira avec de l’or pour enfin sortir de sa misère séculaire parce qu’on est certain « qu’il y a l’or ici ».

Les femmes aussi sont presents sur le site souvent avec leurs enfants
Les femmes aussi sont presentes sur le site souvent avec leurs enfants

L’entrée

Je suis à l’entrée du site. Ce lieu qui, quelques jours avant, ne recevait presque pas de visite grouille de monde. C’est tout un village qui s’est constitué au versant Est de la colline. La cause, c’est que « l’or y a fait son apparition ». Alors on afflue des quatre coins du pays pour « tenter sa chance », dit-on. Je me rends compte que l’entrée du site c’est plutôt le centre des « affaires ». C’est là que les marchants se sont installés. Celui que je vois le premier, un vendeur d’eau chaude. Oui en cette période où il fait encore froid au Sahel, c’est lui qui offre l’eau chaude à ceux qui sortent des trous. Ils leur donne l’eau mais aussi met à leur disposition des toilettes de fortune. Je continue ma visite et je croise une dame, Alima. A la question de savoir si elle gagne l’or, elle répond : je ne monte pas chercher l’or, je suis là pour vendre mon riz. Et ça marche un peu. Je comprends par-là que son commerce marche très bien. Les commerçants ne disent jamais que tout va bien surtout pas à des inconnus. Peut-être que la mairie entendra ? Son voisin est beaucoup plus coopérant. Salif, une vingtaine d’années, son travail est « simple » : « laver le sable et extraire l’or ». Mais il faut passer par plusieurs étapes.Il essaie de m’expliquer la procédure. Moi je trouve ça long. Étonné de mon ignorance quant à ce travail, Il décide de me faire démonstration. Il saisit alors un des tapis sur lesquels il lavait le sable et il verse la boue dans une eau. Puis dans une autre plus propre visiblement. Avec un plat, il réussit à séparer la boue. Et j’aperçois des débris de couleur jaune. Plus besoin de poser la question, c’est l’or. Mais que pour cette « poussière jaune te rapporte il t’en faut beaucoup » lui dis-je. On me fait signe que ce n’est que le premier tapis. Je comprends que « l’or est là ».

Photo/J.Lompo Les trous, très proches les uns des autres ne resistant pas aux éboulements
Photo/J.Lompo
Les trous, très proches les uns des autres ne resistent pas aux éboulements

Le centre du travail

Je décide alors d’aller à la source de ce métal jaune. C’est là que se fait le travail le plus difficile.  Il faut creuser plusieurs mètres, souvent les trous atteignent une dizaine de mètres. Là je trouve deux jeunes, parmi la masse. Après avoir travaillé pendant plusieurs heures, ils se sont donné une pause. Notre conversation est rythmée par des coups de pioches des trous voisins. A la question de savoir s’il y a l’or. Ils n’hésitent : « il y a l’or ici ». Mais il y a un problème. « Nous avons atteint une roche. C’est après cette roche que l’on trouve l’or. Mais la force humaine dépasse cette roche difficilement. Et le travail n’avance plus », M’ont –ils répondu, fatigués et couverts de poussière. J’ai compris qu’ils veulent utiliser les dynamites pour leur faciliter le travail. Les trous sont proches les uns des autres. L’utilisation de ces dynamites peut provoquer des éboulements et causer des morts. C’est le lieu le plus dangereux du site. On pourrait même tomber dans un trou si on n’y prend garde. Mais c’est là aussi que je vois des enfants aidant leur parents ou faisant du petit commerce ou encore mendiant. Mohamed, une dizaine d’années, vend de la cola. Il a quitté l’école et soutient que c’est mon père lui a obligé. Il faufile entre les trous et fait son commerce sur le site, comme les autres. Non loin de là, une fillette aide sa maman à concasser des morceaux de pierres à la recherche du même métal.

Pour l’instant les autorités n’ont pas permis aux orpailleurs d’utiliser les dynamites à cause de la dangerosité de ces explosifs. Mais ceux-ci vont-ils garder leur mal en patience et ne pas dynamiter la roche ? Rien n’est sûr. Chaque plusieurs personnes meurent dans des éboulements de trous à la recherche de l’or.  Et nombres d’élèves abandonnent les classes pour l’or. Ma visite s’arrête là.

Mais sur le chemin de retour on m’apprend aussi d’autres activités moins officielles se dérouleraient sur le site à la tombée de la nuit. Alors que j’étais en train de tracer ces lignes, on apprend qu’un autre filon a été trouvé. Et là, des explosions de dynamites ont été entendu. Ces sites d’exploitation artisanale sont souvent sources de beaucoup de dangers pour ceux qui y travaillent surtout les enfants. Exploitation, abus sexuels et consommation de drogue sont légion dans ces sites. Mais rien n’arrête un orpailleur pourvu qu’«il y ait de l’or ici».