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Burkina Faso: Et si les militaires avaient volé la révolution du peuple?

Le 30 octobre 2014, le peuple burkinabè s’est levé comme un seul homme pour dire non à un pouvoir à vie du président Compaoré. Non à une patrimonialisation du pouvoir. Mais après différentes tractations, l’armée semble profiter le plus de cette révolution.

Les president de transition, Michel Kafando, en compagnie des représentants de l'armée
Le président de transition, Michel Kafando, en compagnie des représentants de l’armée

Dans les tractations qui ont suivi la démission du président Blaise Compaoré, c’est le lieutenant-colonel Isaac Zida qui a assuré la fonction de chef de l’Etat pendant deux semaines. Les différentes négociations ont permis par la suite la signature d’une charte qui prévoit que le président de la transition doit être un civil. Ce qui est fait. Le civil, c’est Michel Kafando qui a eu la confiance du conseil de désignation. Il faut noter que Michel Kafando est le candidat de l’armée. Il a été proposé par l’armée pour assurer les fonctions de président de transition d’une durée de 12 mois. Et le président de transition a nommé, sans surprise, l’ancien chef de l’Etat le lieutenant-colonel Zida, comme premier ministre.

Le tandem Zida-Kafando

Ce qui  me fait dire qu’en fait, c’est l’armée qui sort gagnante d’une révolution qu’elle n’a pas initiée. Certes la présence de cette armée est nécessaire pour le maintien de l’ordre pendant la transition et donne une force militaire à la transition. Mais elle inquiète beaucoup. Surtout que parmi les six présidents qui ont dirigé le pays depuis les indépendances, seul le premier, Maurice Yaméogo était un civil. Il a d’ailleurs été renversé par une révolution populaire en 1966. Et depuis, ce sont des militaires qui se succèdent au pouvoir.

Jusque-là, le lieutenant-colonel a rempli son rôle avec satisfaction et reconnaissance du peuple burkinabè. Il aurait pu se retirer tranquillement mais il a préféré poursuivre la gestion de la transition, comme premier ministre de celui que lui et ses frères d’arme ont proposé comme président. Est-ce une passation à la Poutine-Medvedev ? S’interrogent certains citoyens burkinabè et observateurs de la révolution populaire d’octobre dernier. Et si le vrai président, c’était toujours le Lieutenant-colonel Isaac Zida ? Dans tous les cas l’un et l’autre ont annoncé des mesures populistes. Le président s’est engagé lutter contre les maux tels que la corruption, la gabegie, le népotisme qui minent le pays. Il promet régler les comptes à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent piller l’Etat sans crainte. Zida de son côté avait déjà mis fin aux fonctions de directeurs en mettant l’un aux arrêts.

Un gouvernement à forte présence militaire

Dans le nouveau gouvernement aussi les bérets rouges sont légion. Le premier ministre Yacouba Isaac Zida s’est emparé du ministère de la sécurité alors que son « bras droit » depuis les évènements du 30 octobre 2014, Auguste Dénise Barry, dirige le ministère de la sécurité et de l’administration territoriale. Il avait déjà occupé ce poste avant la crise mutinerie de 2011. C’est un autre bidasse qui est au ministère des mines et carrières, un secteur florissant au Burkina Faso depuis plusieurs années. Et c’est le colonel Boubacar Ba qui a la charge de ce ministère. Le ministère des sports de ce gouvernement ne rompt pas avec la tradition de Blaise Compaoré. Il est confié à un militaire à savoir le colonel David Kabré qui remplace le colonel Yacouba Ouédraogo à la gestion des sports au Burkina Faso.

Il me parait donc évident que l’armée sortira encore gagnante surtout si la transition se passe comme prévue par la charte.  Le tandem Kafando – Zida peut donc renter dans l’histoire de cette révolution. Et le colonel pourrait revenir comme candidat un jour. Candidat à la ATT, au Mali.

Au Burkina, l’on s’apprête à l’identification du corps de Thomas Sankara

Le président de la transition au Burkina Faso, Michel Kafando, s’est engagé à travailler pour libérer le pays des fléaux qui le minent depuis des décennies. Lors  de la cérémonie officielle de passation de charges, il a clairement exprimé sa volonté de faire la lumière sur l’assassinat de Thomas Sankara.

THom Sank
Les investigations autorisées par le presiden M Kafando pourraientindiquer le lieu où T sankara a été inhumé

Le président de transition, Michel Kafando, veut lutter contre les maux qui minent le Pays des hommes intègres. Et pour cela il a pris des décisions très fortes notamment la poursuite des enquêtes pour l’identification du corps de Thomas Sankara. C’est la décision ou l’une des décisions principales, que je retiens de son discours de passation de charges. Elle a d’ailleurs été fortement applaudie par l’assistance. «J’ai aussi décidé que les investigations pour identifier le corps de Thomas Sankara ne seront plus assujetties à une décision de justice, mais seront du ressort du gouvernement et d’ores et déjà, aujourd’hui même, à cet instant même, l’autorisation est accordée », a soutenu le président Kafando.

Le processus d’identification du corps du leader de la révolution d’août 1983 peine à démarrer à cause d’une décision de justice. En avril dernier le tribunal de grande instance de Ouagadougou s’était déclaré incompétent sur la demande d’exhumation du corps de Thomas Sankara. Cette décision avait provoqué une vive colère de la famille et des partisans du leader de la révolution d’août 1983.

Aujourd’hui, l’espoir de voir la lumière sur cette affaire renaît pour la famille de « Thom Sank » et pour tous ceux qui attendent que justice soit faite sur cet assassinat. Sur cette affaire, le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait demandé, entre autres, à l’Etat burkinabè, de clarifier l’assassinat de Thomas Sankara, de prouver le lieu où il a été enterré et de dédommager sa famille. Mais cela n’a jamais été fait. La question inquiétait certainement le régime de Compaoré. Sinon pourquoi n’a-t-elle pas été exécutée ?

Cette mesure n’est pas la seule annonce de cette soirée historique. Le président Michel Kafando s’est aussi engagé à rompre d’avec les maux de l’ancien régime. «  Plus jamais d’injustice, plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption ». « La morale » sera « à la première place dans l’exercice du pouvoir politique », a-t-il ajouté.

Ce que le peuple attend maintenant, ce sont les actes. Le président Kafando a fait ces déclarations sachant qu’il a seulement un an pour les réaliser. Autant dire que les 12 prochains ne seront pas de tout repos pour celui qui avait déjà pris sa retraite. Il doit non seulement se donner les moyens de réaliser ces promesses, mais aussi et surtout conduire le pays à des élections libres, équitables et transparentes. Mais une chose me paraît évidente : en une année, quelle que soit sa volonté, sa tâche sera rude après les dégâts causés sous l’ère Compaoré l. Les Bburkinabè doivent surtout se préparer à élire un président qui puisse répondre à leurs aspirations profondes.

Smockey: De l’artiste engagé au héro de la révolution burkinabè

Il est l’un des responsables du « balai citoyen », un des mouvements de la société civile ayant milité contre la mise en place du Sénat au Burkina et la modification de l’article 37 de la Constitution burkinabè. Smockey a été un acteur également dans la révolution burkinabè qui a conduit au départ de l’ancien président, Blaise Compaoré.

Je le savais déjà rappeur engagé. Il est même l’un des précurseurs de la musique Hip-hop au Pays des hommes intègres. Lui, c’est Smockey, Serge Bambara, à l’état civil. Mais ces dernières années, j’ai découvert que son engagement est allé au-delà des studios de production et des salles de concert. Smockey n’a pas hésité à rendre hommage au capitaine Thomas Sankara, en présidence de Blaise Compoaré et son épouse. C’était, lors de la remise de son trophée de meilleur rappeur africain aux koras 2010. Obligeant ainsi le couple présidentiel à applaudir le capitaine. Ses morceaux, « A qui profite le crime » ou « Votez pour moi », pour ne citer que ceux-ci, démontrent que ce rappeur n’a pas sa langue dans sa poche. Il critique les hommes politiques et son engagement, sans faille pour la promotion de la liberté et de la démocratie dans son pays, se ressent dans presque tous ses chants. En 2005 son titre « Votez pour moi » a connu un succès alors que le pays entrait dans une campagne présidentielle. Par ce titre il critique le mépris des hommes politiques vis-à-vis des populations qui les portent au pouvoir. En 2010 alors le pays célèbre le cinquantenaire de son indépendance, le propriétaire du studio Abazon chante « 50 ans 2 dépendance » pour dénoncer 50 ans d’incompétence sans autre conséquences des dirigeants africains. Et Son titre, « à qui profite le crime », parlant de l’assassinat de Thomas Sankara, a fini de convaincre ceux qui doutaient encore de son engagement. Aux côtés de son ami Didier Awadi, Smockey a chanté entre autres « Les misérables », le « Capitaine Thomas Sankara ».

Crédit photo : Yanick Létourneau  Le rappeur Smockey sur la tome du capitaine Thomas Sankara
Crédit photo : Yanick Létourneau
Le rappeur Smockey sur la tome du capitaine Thomas Sankara

L’engagement du rappeur ne s’est pas limité au chant. L’homme s’est impliqué physiquement dans la lutte, au côté du peuple burkinabè, contre une présidence à vie du « Blaiso ».

Avant la date du 30 octobre 2014, il s’est lui-même impliqué dans différentes actions visant à sensibiliser et la conscientiser la population notamment la frange jeune. Avec Sam’K le Jah et bien d’autres ils ont créé le mouvement « Le balai citoyen ». Sous la bannière de ce mouvement ils ont parcouru plusieurs villes du Burkina Faso pour alerter le peuple sur les velléités du pouvoir en place de rester en vie. Mais engagement de l’artiste n’a pas plu à tous, comme lui-même se souvient : « Je me rappelle en 2011, lors d’une manifestation, lorsque j’étais avec ma pancarte sur laquelle était écrit « Blaise Dégage », on m’a traité de tous les noms d’oiseau. Il se disait que comment un artiste peut se permettre de tenir de tels propos. Un journal a même titré : « Smockey, artiste engagé aux vulgaires hypocrites ».

Aujourd’hui, il est l’un des héros de la révolution burkinabè. Des millions de Burkinabè se sont battus contre un régime à vie du président Blaise Compaoré pour ouvrir une nouvelle ère démocratique au Faso. Il peut se féliciter d’avoir contribué à cette lutte historique du peuple burkinabè.